Calme et volupté.

Je sors à l’instant d’une séance de cinéma expérimental et c’est bien sûr depuis un café que je noircis cette page.

Il y a toujours un décalage entre le moment où je pense et celui où vous me lisez. Le prolongement virtuel de mes pensées provoque chez moi un sentiment étrange; comme si j’écrivais à titre posthume. Une idée déjà morte qui réssucite et perdure dans les méandres des flux électriques. Un signal neuronal dans la matrice informatique. Mutisme pourtant bien sonore, car vous connaissez ma voix et je m’entends parler lorsque j’écris.

Les courts-métrages que j’ai vu étaient tournés en 16 et 8 mm; avec une prise de son séparée; de fait tout n’était pas audible dans les images proposées; pourtant, ces silences là étaient sonores et avaient du sens.

C’est toujours avec beaucoup d’enthousiasme que je constate les capacités insondables du cerveau. Cette faculté à emmagasiner des informations pour nous permettre d’adapter nos comportements aux moments opportuns; afin de donner du sens.

Entre imagination personnelle et imaginaire collectif, nos oscillomètres individuels tentent de chercher la courbe idéale.

La théorie des cordes me fascine de par son aspect poétique. J’aime à croire que nous vibrons tous sur des modes musicaux différents, cherchant une harmonie fragile, impalpable; et quand lorsque deux notes se rencontre, et jouent le même rythme, nous touchons la membrane du palpitant qui nous anime; j’entends par là qui nous rends âmes.

Les éthers de l’écriture me comble de plénitude dans un mode autistique volontaire…

Et là, marrant; dès lors que je débute une envolée lyrique sur la satisfaction que procure la vie intérieure, digression…

Un couple de Français à qui j’ai demandé du feu m’aborde.

Jean et Sabine. Lui de pasage en Espagne pour voir sa Belle; et elle depuis 20 ans ici. Quelques mots échangés, une discussion de bar, me voilà avec un numéro en poche et une future comparse pour mes nuits d’ivresse.

Avant cete interruption toutefois très agréable; je tentais une réflexion sur le fait que malgré toute l’introspection que confère l’écriture, elle n’en n’est pas pour autant une rupture avec le monde alentour. La preuve en est.

Sans être une ingénue mystérieuse recroquevillée sur son papier, ma prétention (pardonnez cet orgueuil bien inhérent à tous, vous me l’accorderez volontiers…), me laisse croire que j’intrigue.

Jean, le courtisan de Madame est une de ces personnes à me dire que j’ai une bonne tête; et je commence à le croire.

La solitude de certain fait peur; apparement la mienne inspire confiance ou renvoie à une sorte de pitié dangereuse.

Mon ermittage litéraire, cette réclusion sémantique semble être un appel inconscient à l’autre.

Cela faisait longtemps que je n’étais pas partie seule, et je dois avouer que j’avais mille et une craintes concernant ce qui allait advenir de mon pauvre attelage.

Confinée dans un confort social et pécunier, je me laissais vivre, oubliant presque les idéaux qui ont fait de moi celle que je suis. Chassant de mon esprit cet élan anarcho-libertaire d’exister en dehors des diktats qui nous corrompent.

Adolescente, (je ne suis pas une vieille peau, néanmoins, mes pétales commencent à flétrir…), l’idéologie hippie était ma nourriture spirituelle. Le fait est que durant ces périodes de révoltes hormono-acnéique, nous ne voyons souvent que le contour des choses.

Ce que j’abhorre depuis toujours; une chose est sûre; c’est l’apparente importance de l’apparence. J’en joue volontiers cependant. Toujours est-il que des étiquettes; je n’en veux pas; et si je devais choisir, je serais bien embarrassée; car si je tente de ne pas perdre de vue ma ligne de conduite, j’aime bien goûter à tous les plats du banquet.

Je ne suis ni opportuniste tentant de prendre le bon où il se trouve, ni épicurienne en abusant du bien sans me soucier de mes pairs, mais je l’avoue, le beau est ma faiblesse…

Dès lors que j’ai su que ma féminité m’accorderais les privilèges les plus délicieux, j’ai tout fait pour la nier; car si j’aime être séduite, je hais par-dessus tout la séduction.

J’ai souvent cherché le bonheur aux travers d’idéaux figés; qui malgré leurs goûts voluptueux n’ont jamais réussis à rassasier mon appétence cérébrale.

Voilà pourquoi je ne réfléchis qu’aujourd’hui à l’importance d’être soi avant d’être quelqu’un.

Sous les cieux rouges et ors, le taureau s’ennivre des embrums que délivre le velours des eaux calmes; tandis qu’à ses flancs, le coq intrigué ose un chant incertain face au couchant qui s’éveille.

 

Commentaires:

Une Réponse à “Calme et volupté.”

  1. El escogido
    El escogido écrit:

    A la lecture de ce magnifique texte, force m’est d’avouer que je reste sans voix… c’est pourquoi je vais une fois de plus écrivailler.
    Oui, ma prose est bien médiocre comparée à la tienne. Ne voie là aucune forfanterie, ni compliment fraternel complaisant, mais bel et bien une constatation factuelle : ma sœur a du talent.
    Stendhal lors de son voyage dans les mines de sel de Salzbourg, avait trempé un vulgaire bâton dans l’eau fortement saline et celui-ci en était ressorti étincelant de mille et un éclat : de cette constatation Stendhal a développé son concept de cristallisation dans « De l’amour ».
    J’aime donc à croire que mes textes magnifient les tiens par leur manque de lyrisme, tout comme une jolie fille plaît à se faire accompagner par une autre au physique peu flatteur afin d’accentuer l’attrait de ces appâts…

    Dans ce dialogue interposé entre nous, par un subtil et insidieux jeu de ricochets, je me rends compte que je me dévoile tout autant que toi.
    Est-ce là une démarche bien honnête ? Ais-je le droit de m’immiscer dans une œuvre qui n’est pas la mienne ? N’est-ce pas un manque patent de courage que de profiter du travail d’autrui pour exorciser ses propres démons ?
    Qu’importe ! Je persiste et signe, me lira qui voudra et me censurer tu pourras !

    Parlons de la Théorie des Cordes, j’aime ta manière poétique de décrire ce phénomène.
    Pour ma part, bien qu’ayant lu en partie Stephen Hawking, mon ignorance en matière de physique quantique m’empêche d’appréhender de manière substantielle toute la portée de cette réflexion.
    En revanche, j’en ressens toute la force philosophique, cette idée de la potentialité d’une autre dimension me charme et me ramène une fois de plus au chamanisme amérindien, à son puissant mysticisme, son système de valeur déconcertant de prime abord mais au final bien plus riche que l’imagerie putassière véhiculée par nos religions.
    Deux mille ans de civilisation judéo-crétine nous empêchent donc de « Voir » ?
    Tout comme toi je rejette tout formalisme coercitif, je n’ai que faire du regard d’autrui tant détesté par Gombrowicz.
    Pourtant, j’ai sacrifié au rituel de la réussite professionnelle, non pas que je sois carriériste (le travail a toujours été pour moi un moyen et non un but), mais happé par le consensus j’ai renoncé à ce que j’étais vraiment : un doux rêveur solitaire, errant sans véritable but, aimant nourrir son esprit.
    Aujourd’hui, volant à Aznavour ces quelques paroles, j’ai l’impression d’avoir « gâché ma vie et mes jeunes années ».
    Sur un seul point je reste intraitable : de famille je ne veux pas, d’enfants je n’aurai point ! Quoi de plus détestable que cette aliénation à autrui.

    Parfois, le soir, après avoir abusé de substances illicites ou après avoir mélangé ma dose quotidienne de benzodiazépines à quelques lampées de Lagavulin (merci à Izzo de m’avoir fait découvrir ce nectar au travers de ses écrits) je me sens pris d’une frénésie de composition.
    Je branche ma guitare, inspiré j’enregistre quelques pistes, faisant corps avec mon instrument étant persuadé d’être en état de grâce ! De vibrations, les notes se transforment en signaux analogiques puis numériques… le lendemain, il n’en reste rien : je m’adonne a un autodafé de données binaires.
    Il est incroyable de constater combien les sensations peuvent se dissocier de la réflexion, les états de conscience altérés ne me donnent pas plus de talent…
    Piètre musicien, malheureux écrivain mais bon informaticien, n’est-il pas triste de constater que c’est pour l’activité qui me transporte le moins que j’ai le plus de facilité !
    Quel vilain tour de la vie, quelle estocade à mon ego !

    Pour finir sur un ton moralisateur, surveille tes errances éthyliques : ne substitue pas le panache de Rimbaud à la médiocrité de Houellebecq.
    Reste sur ton bateau ivre en évitant le remous et écarte la possibilité d’une île.
    (Si tu ne comprends pas ce piètre jeu de mots, c’est que tu n’as pas lu Houellebecq : ET C’EST TANT MIEUX !).

    Bises petite sœur.

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